perturbateur endocrinien définition

Mais en fait, c’est quoi un perturbateur endocrinien ?

Tu entends parler de perturbateurs endocriniens à la télé, dans les magazines on te met en garde contre les cosmétiques et tu parles couches « sans perturbateurs » avec ta voisine. Mais en fait, tu ne sais pas vraiment ce que c’est, ce truc. Tu sais juste que c’est le gros méchant à éviter, et que tu peux être amenée à le croiser. Sauf qu’il ne se promène pas avec une pancarte pour te dire où il est. Tu ne sais pas comment il agit sur ton corps, mais tu déduis qu’il doit te perturber un peu l’organisme. Explications.

Action sur l’organisme

Les perturbateurs endocriniens sont des molécules, synthétiques ou naturelles, qui dérèglent le fonctionnement hormonal normal, en entravant la synthèse des hormones, leur transport dans l’organisme ou leur action sur l’organisme. L’OMS en donne une définition précise, qui fait encore débat quant à son utilisation au sein de l’Union Européenne, car les conséquences de son application seraient parfois… dérangeantes pour certains industriels.

Un perturbateur endocrinien est une substance ou un mélange de substances, qui altère les fonctions du système endocrinien et de ce fait induit des effets néfastes dans un organisme intact, chez sa progéniture ou au sein de (sous)-populations.

OMS – Organisation Mondiale de la Santé

Les voies d’entrées dans l’organisme correspondent à toutes les voies amenant à un échange entre une substance absorbée et le sang :

  • Les voies respiratoires, avec les poumons
  • La voie digestive, avec la paroi intestinale
  • La voie cutanée, c’est-à-dire la peau

Les zones concernées par les méfaits des perturbateurs endocriniens sont tous les organes du système endocrinien, c’est-à-dire tous les organes qui produisent, régulent ou stockent les hormones.

Perturbateur endocrinien système organes
Les organes du système endocrinien

Conséquences sur la santé

Les conséquences sont nombreuses mais restent difficiles à établir. Cependant, l’observation des animaux et le recul que nous avons sur l’évolution de notre environnement mis en corrélation avec notre état de santé, nous permettent de soupçonner ces substances de nombreux effets sur l’organisme, comme :

  • Malformations génitales, particulièrement chez le petit garçon
  • Pubertés précoces, particulièrement chez la jeune fille
  • Cancers hormonaux, particulièrement cancer du sein chez la femme
  • Dérèglements hormonaux, problèmes thyroïdiens
  • Baisse drastique de la quantité et de la qualité du sperme chez l’homme – les chiffres font peur, je n’ose même pas te les donner !
  • Diabètes de type 1 tardifs, diabètes de type 2 précoces
  • Obésité

Pourquoi les perturbateurs endocriniens ne sont-ils pas interdits ?!

Pour interdire une substance communément utilisée, depuis longtemps, par de nombreuses industries, il faut pouvoir prouver sa toxicité. C’est là toute la problématique des perturbateurs endocriniens.

Des scientifiques ont réussi à faire pression pour exiger l’éviction de certaines molécules avérées toxiques pour l’organisme, comme le médicament Distilbène ou l’adjuvant plastique Bisphénol A, mais se trouvent confrontés au pouvoir des lobbies industriels pour continuer sur cette voie. Certains scientifiques arrivent même à semer le doute dans les esprits, mettant en avant les doses négligeables, les « traces », de substances rencontrées dans notre environnement, comme étant suffisamment faibles pour n’avoir aucune conséquence sur notre santé.

By Pawny

Malheureusement, ce qu’ils ne prennent pas en compte, et que d’autres chercheurs nous expliquent, ce sont les dimensions suivantes :

  • On part du principe que plus la dose absorbée est faible, plus l’effet sur le corps est faible : cela ne se vérifie pas dans le cas des perturbateurs endocriniens. Les recherches montrent que la plupart de ces molécules ont une action même – voire surtout ! – à très faible dose. Donc exit l’idée de « seuil acceptable » !
  • Le nombre de substances concernées étant affolant – on parle de 100 000 molécules dans notre environnement – il est impossible de juger de l’effet cocktail de ces perturbateurs sur notre organisme. C’est-à-dire que ces molécules, ensembles, ont une action qui nous est encore inconnue.
  • Sur ce même principe, il est difficile de juger d’un impact sur le long terme, avec des doses répétées d’absorption : les études en laboratoire se font sur quelques mois, voire quelques années, mais pas sur toute la vie d’un modèle proche de l’humain.
  • La période de contamination la plus critique est celle de la grossesse et des premières années de vie – voir l’article « 1000 jours pour protéger la santé de ton enfant », car c’est à ce moment que le système endocrinien se construit. Les dérèglements pouvant arriver 10, 20, 30 ou 40 ans plus tard, il est difficile d’établir une relation de cause à effet entre contamination lors de la grossesse et maladies de l’âge adulte.
  • Encore plus complexe – et on l’a vu dans le cas du Distilbène, ce médicament utilisé contre les fausses-couches – on parle d’effets transgénérationnels : les effets des perturbateurs endocriniens peuvent se propager sur les générations futures…
  • Quid des molécules totalement inconnues ? Celles dont la toxicité est avérée se voient parfois retirées des productions industrielles mais par quoi sont-elles remplacées ? Concernant le plastique et le Bisphénol A (BPA) par exemple, la loi en a interdit l’ajout dans les biberons, mais le Bisphénol S (BPS), son copain, est venu le remplacer. On se demande d’ailleurs si son effet toxique n’est pas plus important que ne l’est celui du BPA !

Malheureusement, on comprend donc que ces molécules ont encore un bel avenir devant elles, car il semble difficile d’espérer un changement radical des industriels, ou une interdiction massive de toutes ces substances ! A toi – et moi ! et aux collectivités ! et aux professionnels de la petite enfance ! – donc, de chercher à les éviter dans notre quotidien (voir l’article Comment préserver sa grossesse et ses enfants des perturbateurs endocriniens).

Sources :

http://invs.santepubliquefrance.fr/fr../layout/set/print/Dossiers-thematiques/Environnement-et-sante/Perturbateurs-endocriniens

https://www.anses.fr/fr/content/les-perturbateurs-endocriniens

Les perturbateurs endocriniens en accusation, André Cicolella, éditions Les Petits Matins

Sur les cours des Pr Charles Sultan, professeur en Endocrinologie Pédiatrique, chercheur à l’INSERM et spécialiste mondial des perturbateurs endocriniens et Pr André Picot, Toxicochimiste, Docteur ès Sciences Physiques, chercheur au CNRS et Président de l’Association Toxicologie Chimie

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