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Comment le risque chimique a remplacé le risque bactériologique

Le siècle dernier a vu s’opérer une baisse drastique des contaminations bactériologiques et virales, grâce à l’application de protocoles d’hygiène toujours plus stricts. Cependant, la « peur du microbe » est devenue telle, que l’usage des produits chimiques a envahi notre quotidien… Au point d’inverser le problème : la pollution chimique est aujourd’hui celle à abattre.

« L’hygiène chimique » ou la traque aux substances synthétiques

Il est évident que certaines applications utiles à notre mode de vie nécessitent un traitement chimique pour en garantir l’absence de contamination bactérienne. C’est le cas, par exemple, de la désinfection avant la pratique d’une opération chirurgicale, ou encore de l’usage du chlore dans les stations de potabilisation de l’eau – parfois remplacé par l’ozone ou le traitement UV, mais le chlore sera ajouté dans tous les cas pour garantir l’absence de contamination lors du parcours de l’eau dans les canalisations.

Malgré tout, nous avons fini par tomber dans une forme d’excès, où l’utilisation de la chimie semble devenue indispensable, au point d’être une des principales sources de pollution de nos intérieurs. Après avoir traqué les « microbes », on va devoir faire la chasse aux substances chimiques : car elles sont utilisées partout.

« Le XXème siècle fut le siècle de l’hygiène bactériologique, le XXIème doit immédiatement devenir celui de l’hygiène chimique. »

Nicolas HULOT dans la préface du livre Perturbateurs endocriniens, La menace invisible, par Marine Jobert et François Veillerette
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La peur du microbe 

S’il est logique de vouloir se protéger de certains virus et bactéries, il semble que depuis quelques décennies, la peur du microbe a semé la pagaille dans nos intérieurs. Est-ce que l’industrie chimique n’a pas eu – et n’aurait pas toujours – son rôle dans cette phobie ? La question se pose. Il est vrai qu’avec les multiples publicités pour les produits miracles qui détruisent jusqu’à 99% des bactéries, les gels hydroalcooliques qui se vendent comme des petits pains et les lessives antibactériennes, on finit par enregistrer qu’il FAUT se débarrasser de la moindre bactérie !

Pourtant, un nettoyage simple et régulier du sol, des sanitaires et de la cuisine, permettent de maintenir un niveau d’hygiène amplement suffisant chez soi. D’autant que la multiplication des produits ménagers est à l’origine de trois problématiques : la résistance bactérienne, la pollution chimique et l’augmentation de l’atopie (allergies respiratoires et dermatites atopiques – eczéma).

La résistance bactérienne

La mutation des bactéries devenant plus difficiles à détruire n’est pas nouvelle, puisqu’elle est à l’origine des campagnes de sensibilisation sur les antibiotiques qui ne sont pas automatiques. Il faut savoir que les « biocides », dont font partie la plupart des désinfectants pour la maison et les mains, participent à rendre les virus et bactéries plus coriaces. Les hôpitaux sont fortement touchés par ce phénomène, et ils sont nombreux à revoir leurs protocoles de désinfection des sols pour les remplacer par de simples lavages, tout aussi efficaces, mais sans effet indésirable.

La pollution chimique

C’est l’objet de cet article : l’utilisation massive de produits ménagers synthétiques, qui plus est, souvent parfumés, déposent sur les surfaces et les mains, et projettent dans l’air, des substances polluantes. S’il est, de plus, fait un mélange de plusieurs produits, les réactions entre eux sont parfois très toxiques, comme la Javel mélangée à un détartrant qui va libérer des gaz chlorés. Enfin, lors des rinçages, ces molécules de synthèse sont, évacuées dans les eaux usées et finissent dans la nature. La peur du microbe participe ainsi à la pollution de notre environnement, aussi bien intérieur qu’extérieur… et nous revient en boomerang !

L’augmentation de l’atopie

Le lien est parfois évident, entre substances synthétiques et allergies respiratoires ou dermatites atopiques, parfois moins. Ce qui est certain, c’est que le nombre de bébés, enfants et adultes souffrant d’allergies de type rhinites, asthme et eczéma, est en forte hausse depuis les années 60. Cette augmentation du nombre de cas touche principalement les zones industrialisées, et très peu les pays pauvres ou en voie de développement. Les scientifiques et épidémiologistes pensent à une probable conséquence d’une pollution environnementale globale, et d’un mode de vie à l’hygiène excessive.

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L’odeur du propre

Tu peux décrire l’odeur du « propre » ? Je suis certaine que si on te le demandait, tu répondrais quelque chose comme « l’odeur des draps chez ma grand-mère » ou « le parfum fleuri qui plane dans l’air après avoir nettoyé le sol de ma maison ». Et le point commun à ces deux réponses est… le parfum ! Lessives parfumées, nettoyants parfumés, diffuseurs automatiques, sprays, bougies, tout est bon pour réveiller en nous l’impression du « propre », d’une maison saine.

C’est pourtant un leurre, un effet psychologique rentré dans les mœurs. Je vais te faire une confidence : le propre n’a pas d’odeur. Ce que tu sens, ce sont les parfums artificiels – ou naturels ! – des produits ménagers. Sauf que ces parfums, s’ils réveillent un sentiment de bien-être physique et mental, à pouvoir se sentir en sécurité et en confiance dans un environnement sain, sont en fait de véritables bombes chimiques. Trop souvent responsables de réactions allergiques et de pollution environnementale, sans oublier les perturbateurs endocriniens qui les composent, nous ferions mieux de les éviter au maximum.

Des excès en tout genre

Dans son livre Le bug humain, Sébastien Bohler fait état de l’appétence humaine pour le moindre effort, qui serait liée au fonctionnement de notre cerveau. Est-ce pour cette raison physiologique que tout nous pousse à vouloir du « propre » toujours plus longtemps et ce, sans avoir à se laver ou laver ses affaires ? Le déodorant efficace jusqu’à 72h, les sous-vêtements parfumés – oui, oui, ça existe, c’est même proposé par une célèbre marque de slips fabriqués en France, les vêtements de sport qui ne sentent rien après 3h de sport intense… mais je peux aussi citer les lingettes intimes, les chaussettes qui ne sentent jamais les pieds ou encore les serviettes hygiéniques parfumées.

Ces « innovations », comme on aime nous les vendre, font pourtant appel à des substances controversées, polluantes voire dangereuses pour la santé. Les nanoparticules d’argent permettent de maintenir un tissu sans odeur en le protégeant du développement bactérien – très utilisées dans les vêtements de sport et la lingerie. Les parfums microencapsulés relarguent leurs substances au fur et à mesure du port du vêtement ou de la serviette hygiénique.  Les déodorants ultra puissants contiennent des ingrédients qui bloquent la respiration naturelle de la peau, et les lingettes intimes, des ingrédients qui ne devraient pas rester au contact des muqueuses sans être rincées.

Il en va de même pour la multitude des produits cosmétiques que contiennent nos salles de bain. Plus on va vers une sophistication de la formule, plus il est probable que des ingrédients indésirables y soient présents, ne serait-ce que pour conserver le produit. Les produits à base d’eau – dont font partie les crèmes et les gels douches, shampoings liquides etc – utilisent obligatoirement un système de conservation, et il est bien souvent d’origine synthétique et controversé.

Savoir raison garder

Une rééducation s’impose pour nos esprits : le vinaigre blanc, le citron, le bicarbonate de soude, le savon noir ou de Marseille, ne laissent que peu de traces dans nos maisons, sur le sol et dans l’air. Ils sont pourtant efficaces pour nettoyer… et bien moins chers ! Nos intérieurs n’ont pas besoin d’être aseptisés, et surtout pas au risque de déposer au sol ou dans l’air des substances que les bébés qui rampent vont passer leur journée à respirer.

Les conservateurs de nos cosmétiques et lessives peuvent être évités ou limités en faisant le choix de produits anhydres. Les cosmétiques solides ou sur base huileuse répondent bien à cette problématique : pas d’eau, pas de microbes, pas de microbes, pas besoin de conservateur ! Les lessives en poudre sont aussi épargnées de ce côté-là, pour les mêmes raisons. Opter pour du fait-maison est une alternative intéressante, à condition de ne pas abuser d’un conservateur, aussi naturel soit-il.

Les produits parfumés, qu’ils soient utilisés pour le ménage ou pour le corps, devraient être gardés pour un besoin occasionnel, surtout s’ils sont en contact avec les muqueuses. Les tissus dits innovants sont à fuir pour éviter les nanoparticules, et de manière générale, les produits aux promesses extraordinaires doivent t’alerter et te pousser à chercher plus loin… Pour finir, les gels hydro-alcooliques sont des solutions d’appoint, dont il ne faut pas abuser tout l’hiver, et à ne surtout pas appliquer sur peau lésée, irritée ou sur mains mouillées.

Sources

Lien entre atopie (allergies respiratoires et eczéma) et environnement : https://www.inserm.fr/information-en-sante/dossiers-information/dermatite-atopique-eczema-atopique et https://associationeczema.fr/la-dermatite-atopique/

Le rapport de l’ANSM (ex-AFFSAPS) sur les solutions hydro-alcooliques, avec les précisions des précautions à prendre : https://www.ansm.sante.fr/var/ansm_site/storage/original/application/3c6cccea290f8d00e649160cd5d4a9aa.pdf?fbclid=IwAR32VIu3ypYycssn9JeoJrY_Cl7DSxa6roqgQjbEwBiV1XsoxcTtFARP6OA

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