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Exigeons des repas sains pour nos enfants : interview de Cantine Sans Plastique France

Sais-tu ce que tes enfants mangent chaque jour, à la cantine ? Lis-tu les menus affichés à l’école ? Les villes sont tenues de proposer des repas équilibrés aux enfants scolarisés. Mais que contiennent réellement les assiettes de nos enfants ? On fait le point avec Tania Pacheff, Diététicienne-Nutritionniste, Conseil en santé environnementale et Présidente de l’association Cantine Sans Plastique France.

Cantine Sans Plastique France existe depuis plus de 2 ans et regroupe à ce jour plus d’une soixantaine de collectifs répartis dans toute la France. L’association est à l’origine de l’amendement n°28 de la loi EgaLim, interdisant à compter du 1er janvier 2025 « l’utilisation de contenants alimentaires de cuisson, de réchauffe et de service en matière plastique » pour les cantines. Elle accompagne les parents dans leur démarche auprès des collectivités pour remettre les cantines scolaires à la hauteur des besoins des enfants qu’elles reçoivent : avec des repas vraiment sains, proposés dans des contenants sans plastiques.

Tania, peux-tu nous expliquer comment sont gérées les cantines scolaires en France ?

Une majorité de villes a délégué la fabrication des repas à des prestataires de restauration collective. Ces derniers fabriquent et conditionnent les repas dans des cuisines centrales de tailles variables, souvent très grandes puisqu’elles fabriquent jusqu’à 65 000 repas par jour ! Pour un tel rendement, ce n’est malheureusement plus de la cuisine mais de « l’usinage » ou de l’assemblage de produits déjà transformés ou ultra-transformés.

Les messages publics vous invitent à ne pas manger « trop gras, trop salé, trop sucré », mais ce sont bien ces produits qui se retrouvent trop souvent dans les assiettes de nos enfants. Si ces repas sont tenus de respecter certaines règles minimales (équilibre alimentaire, hygiène…), ils ne sont néanmoins pas forcément sains pour nos enfants. Peu de communes sont vertueuses sur ce sujet.

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Le conditionnement et le transport des repas sont aussi problématiques, peux-tu nous dire pourquoi ?  

Les cuisines centrales – de véritables « usines » – sont souvent situées loin des villes destinataires. Les plats sont fabriqués jusqu’à 5 jours à l’avance, voire jusqu’à 2 semaines dans certaines villes ! Ils sont conditionnés dans des barquettes en plastique à usage unique, puis acheminées par des dizaines de camions jusque dans les écoles, où ils seront réchauffés à même ces barquettes en plastique. Autant vous dire qu’il n’y a plus rien de sain dans l’assiette !

Les produits ultra-transformés et le plastique contiennent des perturbateurs endocriniens responsables de nombreuses pathologies telles que : diabète, obésité, puberté précoce, infertilité, cancers pédiatriques hormonaux dépendants, retard de QI, hyperactivité… Sans oublier les tonnes de déchets plastiques produits et non recyclables…

De plus en plus de cantines affichent régulièrement un menu « végétarien », « local » ou « bio », et de nouvelles lois vont dans ce sens. Peut-on réellement s’en réjouir ?

La lecture des menus est intéressante bien-sûr mais elle ne suffit pas, il faut en savoir plus ! Attention aux logos « rassurants » tels que « bio » ou « fait-maison » : le bio c’est bien, évidemment, mais d’où vient-il ? Des pommes bio du brésil est-ce bien raisonnable ? Est-ce vraiment ce que vous souhaitez pour vos enfants et notre chère Planète terre ? Le « circuit-court » peut venir de l’autre bout du monde, s’il n’y a pas d’intermédiaire, car « circuit-court » ne signifie pas « courte distance », il est en lien avec le nombre d’intermédiaires entre l’acheteur et le consommateur. Donc du circuit-court de Chine c’est possible – et plus souvent qu’on ne le croit !

La loi oblige à servir un repas « végétarien » par semaine en restauration scolaire depuis novembre 2019. Même si certains cuisiniers font bien les choses et savent faire un plat végétarien, avec ou sans protéines animales tels que lait ou œuf, d’autres, moins scrupuleux, se contentent de commander des plats « neutres » ou « végé » dans leurs catalogues de produits industriels. Vos enfants mangent alors de l’ultra-transformé estampillé « végé ». Cela n’a donc plus aucun intérêt, voire même est néfaste car ces plats contiennent tout autant d’additifs et de produits non tracés que les autres plats industriels !

Chers parents, ne désespérez pas, il existe des villes où tout se passe bien, et ce, même en région parisienne. Ces villes sont rares, certes, mais elles existent. Il est possible de manger correctement à la cantine, tout en faisant revivre le tissu économique local, il suffit de le vouloir !

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Si certaines villes proposent de vrais bons repas aux enfants, c’est bien qu’on peut faire quelque chose ! A quoi devons-nous être attentifs ?

Oui, tout à fait, chers parents et citoyens, il est possible de manger sainement en collectivité.

Pour cela, demandez/exigez à vos élus que vos enfants puissent bénéficier de repas sans danger pour leur santé ni pour l’environnement. Choisissez des prestataires vertueux – il y en a ! – ou relocalisez la production des repas en ville, au plus près des cantines ; imposez un cahier des charges précis et valorisant, comme la loi EgaLim le prévoit, avec de véritables produits de saison, bio et locaux. Demandez des recettes simples mais bien exécutées.  Imposez les contenants durables comme l’inox, la porcelaine ou le verre.

Plus concrètement, en tant que parent d’un enfant inscrit à la cantine scolaire, quelle est la démarche pour agir sur le terrain ?

Vous pouvez commencer par vous rapprocher des délégués des parents d’élèves de l’école ou demander à le devenir. Les parents élus peuvent alors intégrer la commission cantine ou participer à l’élaboration des menus, lorsque la mairie le permet. Vous pouvez aussi contacter directement les élus de votre ville ou le service enfance/jeunesse et les interpeller sur ces questions. Enfin, n’hésitez pas à vous faire aider par des associations de parents militants tels que Cantine Sans Plastique France qui vous permettront de décrypter la chaîne d’approvisionnement des cantines de votre ville et le contenu réel de l’assiette.

Soyez acteurs et participez ainsi positivement à l’éducation de vos enfants !

Merci Tania. Pour en savoir plus sur l’association et ses actions, adhérer ou les contacter, tu peux consulter le site de Cantine Sans Plastique France et acheter leur livre « Pas de plastique dans nos assiettes. Des perturbateurs endocriniens à la cantine« . Tu peux aussi retrouver Tania Pacheff sur sa page Facebook.

Pour comprendre pourquoi TOUS les plastiques sont à éviter, tu peux relire l’article « Le greenwashing de l’industrie plastique » qui t’explique en quoi le « bioplastique » et autres inventions issues du végétal ne sont pas de bonnes alternatives.

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