scandale des nanos

Nanoparticules : vers un futur scandale ?

Si certaines applications des nanos laissent rêveur, qu’en est-il des risques pour la santé et des effets sur l’environnement ? Leur utilisation exponentielle nous rend-elle vraiment service ?

Pour comprendre ce qu’est une nanoparticule et les très nombreuses utilisations qui en sont faites, tu peux d’abord lire l’article « Nanoparticules : molécules mini avec puissance maxi ».

Les nanos et la santé

Dans la course folle aux nanos, un paramètre a été volontairement laissé de côté pendant trop longtemps : la toxicologie. Or, dans toute nouvelle découverte, les effets sur la santé devraient faire partie de la recherche. Malheureusement pour la population, peu de soutiens financiers ont été apportés aux chercheurs. L’appât du profit et des « avancées technologiques » était trop fort.

Pourtant, les études réalisées depuis montrent des effets qui remettent en question une utilisation sans risque des nanoparticules : cancérigènes, neurotoxiques, toxiques pour le foie, mutagènes, toxiques pour la reproduction… Il est impossible de définir avec exactitude leur comportement, étant donné que toutes les nanos sont différentes. Selon leur nature et leur porte d’entrée dans l’organisme – inhalation, ingestion, passage trans-cutané, injection… les conséquences ne sont pas les mêmes.

Un autre problème est que les méthodes d’analyses toxicologiques classiques ne sont pas adaptées à l’étude des nanos. Ces particules ont un comportement qui semble comparable à celui des perturbateurs endocriniens : à très faible dose, en absorption régulière, les effets sur l’organisme sont plus forts que pour une grosse dose absorbée d’un coup.

Les nanos dans l’environnement

Etant donné que les nanoparticules ont littéralement envahi notre quotidien, leur rejet dans l’environnement ne peut être nié. Entre évacuation de l’alimentation humaine et des médicaments dans les égouts, cosmétiques rincés dans la douche, crèmes solaires qui se déposent dans le sable et la mer, vêtements qui relarguent leurs substances lors des lavages, freinage des voitures qui détachent des nanos des pneus, traitement de l’eau à base de nano-argent… Ces molécules finissent immanquablement leur vie dans la nature.

La même question se pose alors pour les nanos que pour les résidus de pesticides, de médicaments et de plastique : quid de leur impact sur la faune et la flore ? Une étude fait d’ailleurs état d’un cocktail explosif entre nanoparticules diverses et microparticules de plastique dans l’environnement : ensemble, elles auraient des effets dévastateurs démultipliés !

Enfin, certaines molécules ont des conséquences désastreuses sur le phytoplancton : cette algue microscopique qui produit la moitié de l’oxygène terrestre et sert de nourriture aux poissons qui eux-mêmes servent de nourriture aux oiseaux, aux prédateurs marins, à l’homme…

pollution eau par nanoparticules

La puissance des lobbies

Alors que les doutes s’installent dans certains esprits sur les finalités toujours positives de l’utilisation des nanos, plusieurs autorités publiques* ont rendu leur propre avis. Toutes se rejoignent sur le manque d’études permettant de juger de l’innocuité totale des nanoparticules et font état de conclusions préoccupantes pour certaines d’entre elles. Bizarrement, leur appel à la vigilance et au principe de précaution ne sont pas (ou si peu !) suivies par les industriels et l’Etat.

*L’OMS, l’AFFSET, l’AFFSA, l’ECHA, l’ANSES…

La dernière démonstration en date de l’inertie de l’Etat est celle de l’interdiction du dioxyde de titane dans l’alimentation. Cet additif, connu sous le code E171, est incorporé sous forme nanoparticulaire. L’interdiction, promise par le gouvernement Macron, a été finalement validée en avril 2019, après de nombreuses relances de plusieurs associations de défense de la société civile. Elle sera applicable à compter du 1er janvier 2020, pour les denrées alimentaires. En revanche, il n’a pas été question d’une éviction de ce même dioxyde de titane dans les dentifrices, dont ceux pour enfants.

Une chose est sûre, les lobbies font un travail de fond depuis longtemps, pour nous faire croire que les nanos sont sans risque. Pourtant, on ne maîtrise pas ces particules aussi bien qu’ils ont l’air de le dire. Et le doute paraît logique : d’un côté, les nanos sont revendiquées comme « merveilleuses » pour les avancées médicales car aucune barrière physique ne leur résiste. Et d’un autre, on nous assure qu’elles ne traversent pas la peau ni la barrière intestinale…

Le non-respect de l’obligation d’étiquetage

Les chiffres font état de 450 000 tonnes de nanos importées ou fabriquées en France chaque année, mais il semblerait que ces données soient totalement faussées. Les industriels ont l’obligation de déclarer leur utilisation et commercialisation, pourtant, une très grande majorité d’entre elles passent entre les mailles du filet – sûrement car elles sont trop petites… ahahah humour noir. Pardon.

Ils sont aussi censés annoter leur présence sur l’étiquette des produits qui les contiennent en alimentaire et cosmétique : sous le format ingrédient [nano]. Malheureusement, peu sont en règle. On trouve deux explications à ce manquement : le coût exorbitant des analyses, impossibles à réaliser pour les petites marques, et la rébellion des industriels, qui trouvent des parades à la loi.

nano-silice étiquetage alimentaire
Étiquetage alimentaire nano-silice
Issu d’un document de l’UFC-Que choisir source en fin d’article

L’UFC-Que choisir a d’ailleurs épinglé certaines marques alimentaires et cosmétiques, qui utilisaient des nanos sans le préciser, comme des filtres UV dans les produits solaires – voir l’article « Le mythe du produit solaire parfait ». De son côté, le label bio cosmétique Cosmebio, qui a conscience des difficultés de s’assurer de l’absence de nanos, demande à ses adhérents de ne pas noter « sans nanoparticules » sur leur packaging, pour éviter toute déconvenue en cas de contrôle.

Peut-on encore se protéger des nanos ?

On ne nous dit pas tout. Voire on ne nous dit RIEN. Et c’est bien le problème ! Comment se prémunir d’une menace invisible et inconnue ? L’évitement ne pourra pas être total, comme pour les perturbateurs endocriniens (voir l’article « Comment préserver sa grossesse et ses enfants des perturbateurs endocriniens« ).

Les seules pistes que je peux te donner sont :

  • Fais le choix d’une alimentation non transformée – malheureusement, le bio n’est pas épargné, mais des changements semblent prévus pour 2021, affaire à suivre…
  • Utilise de produits d’hygiène simples, sans paillettes ou colorants inutiles, et bannis les formats en spray pour éviter d’inhaler des nanoparticules – déodorant, shampoing sec…
  • Garde tes produits cosmétiques pour un usage raisonné et uniquement sur peau saine : coup de soleil, rasage, épilation, acné… sont des portes ouvertes pour une pénétration des nanos dans la peau.
  • Pour les vêtements et textiles, évite autant que possible les tissus dits « innovants », aux propriétés magiques, plus susceptibles de contenir des nanos qu’un tissu quelconque.
  • Pour toutes les applications, ce qui est vanté comme « auto-nettoyant » ou « antibactérien » doit te mettre la puce à l’oreille. Le nano-argent est caché derrière, et avec lui, le risque d’une résistance bactérienne, comme avec les antibiotiques.

Enfin, c’est aussi à TOI, citoyen, consommateur, de faire entendre ta voix et tes attentes sur ce sujet. Interroge les marques : il y a fort à parier qu’elles ne te répondront pas clairement si des nanos sont utilisées, mais ça aura au moins le mérite de montrer que les consommateurs ne sont pas dupes ! Parle du sujet autour de toi, fais circuler l’information. Plus nous serons nombreux à remettre en question l’utilisation massive et en toute impunité des nanos, plus les industriels seront forcés de se remettre en question !

Soutien, sources, lectures :

http://veillenanos.fr Pour se tenir informé des avancées scientifiques, des études toxicologiques et environnementales et des décisions politiques, je vous conseille ce site. Il est unique en son genre dans toute l’Europe.

Le travail de l’association AVICENN qui l’alimente mérite d’ailleurs d’être reconnu et soutenu. AVICENN participe activement à la protection de la population vis-à-vis des nanos. Elle agit main dans la main avec des ONG et des associations de consommateurs de toute l’Europe auprès des gouvernements et de la Commission Européenne. Vous pouvez faire un don ici si vous souhaitez la soutenir.

Nano Toxiques – une enquête, par Roger Lenglet, journaliste d’investigation, éditions Actes Sud, 2014. Pour comprendre comment « on en est arrivés là », avec la puissance des lobbies dans le monde, et tenter de repérer où se cachent les nanos dans notre quotidien.

https://www.cosmebio.org/fr/nos-dossiers/dioxyde-titane-cosmetiques-bio/ Les conclusions de Cosmebio sur l’autorisation partielle des nanos dans les cosmétiques bio et leur avis sur le Dioxyde de Titane… Intéressant !

https://aixenprovence.ufcquechoisir.fr/wp-content/uploads/sites/114/2017/02/nanomateriaux-ou-se-cachent-ils-_V2-23-02-2017-3eme-partie.pdf Document de l’UFC-Que choisir avec de nombreuses sources et études citées. Des informations sur la « colonisation » de notre alimentation par les nanos.

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